L'heure du T

Best n°250 (mai 1989)

Ne dites plus "Trisomie 21".
C'est fini. Ils n'en veulent plus de ce nom ambigu qui leur a valu nombre de réflexions indignées. Maintenant c'est T.21. Le petit diminutif dont les affublaient affectueusement les fans. Et ils sont nombreux ces fans, qui ont fait une légende de ces chti-mi plutôt discrets. Une discrétion liée à celle des médias, plutôt timides sur le sujet, mois aussi entretenue pour ménager le mythe.

"A la longue, il s'est avéré que le choix du nom était une erreur. On avait 18-20 ans quand on l'a adopté et à l'époque il nous semblait marrant et provocateur. Avec les années on mûrit, on fait peut-être aujourd'hui une musique plus adulte et il se trouve que le nom devient une barrière pour toucher un public plus large. Quand on n'a pas accès aux médias, c'est difficile d'en expliquer le choix. Alors on a contourné la difficulté en passant à quelque chose de moins concret. Ça a forcément un côté commercial puisque le but est de cibler plus large mais il ne faut pas voir dans ce changement une démarche publicitaire. On est toujours un peu déçu de constater qu'on ne s'intéresse pas plus à nous, mais en même temps, pour nous, l'important c'est de pouvoir faire ce qu'on aime, bien plus que d'acquérir une quelconque reconnaissance."

Depuis leurs débuts les frères Lomprez, Hervé et Philippe, ont su préserver l'intégralité et la ligne musicale de T.21. Ils ont été épaulés en cela par Jean-Michel Matuszak, gérant-ami et conseiller artistique omniprésent. Ça a l'odeur du manager, la couleur du manager et pourtant T.21 se refuse à parler de manager...
Philippe : "II est suffisamment extérieur au groupe pour apporter quelque chose, mais en même temps trop dedans pour pouvoir nous représenter commercialement." Hervé : " Il n'est pas musicien, donc son monde est à part, mais il est là depuis le début et sans lui il n'y aurait pas eu Trisomie. Il fait partie de la genèse !" Jean-M. : "Je suis là pour tempérer les passions et les tensions qui sont inévitables entre deux frères. Je fignole l'image du groupe (diopos, etc..). On réfléchit ensemble, on regarde le monde, on se l'approprie, et après la discussion, eux le restituent par le biais de leurs compositions."

T.21, il fut un temps, comptait un bassiste dons ses rangs. Depuis son départ, les frères Lomprez assument seuls les performances scéniques. En studio, par contre, ils jouent l'ouverture. Et si pour beaucoup Trisomie reste synonyme de synthétisme glacé, l'étonnement est grand avec leurs nouveaux disques. Trois tomes regroupés sous le nom de "Works", où des sonorités nouvelles modifient considérablement le climat. "Nous avons fait un trypique ! Un maxi, "Works in Progress", travaux en cours, un album "Works", l'oeuvre, et un autre maxi qui devrait sortir en septembre, "Final Work, The Missing Pièce", la pièce manquante. On essaie de faire à chaque fois quelque chose de très différent. Cet album est beaucoup plus rock et un peu moins planant que les précédents. On a essayé de faire des choses beaucoup plus chaudes pour redonner un côté humain à la machine. C'est la tin du courant post-industriel. L'industrie c'est gris, alors on tente de mettre un peu de couleur. On a fait appel à des gens extérieurs, des musiciens professionnels et on a appliqué une nouvelle méthode de travail. Il y a plus de recherche et la technique est beaucoup plus nécessaire. C'est presque "hors Trisomie."

Pour un groupe mythe, T.21 ne paie pas trop de mine. le look c'est plutôt La Redoute que Jean-Paul Gaultier. Déjà en cela il se classe en marge des groupes typiques 80's qu'on nous vend par paquet de dix sous emballage millésimé. C'est rare aujourd'hui ce genre d'attitude insouciante vis-à-vis de l'image. Mais ne confondons pas image et look. Parce que sorti de la musique nos trisomiques se passionnent pour le visuel d'art et plus particulièrement pour la photo. A preuve les diapos projetées en concert et qui méritent bien plus que les quelques secondes que leur accordent les lois de la scène. Si Hervé arrêtait la musique, ce serait pour troquer son micro contre un appareil photo. Et cet aspect du groupe vous sera révélé lors d'une exposition itinérante qui devrait suivre la tournée. Philippe, lui, ce serait plutôt le studio. Ingénieur du son de métier, il a aussi signé quelques musiques de film. Bref, un groupe aux multiples facettes et qui nous réserve encore bien des surprises.

E.D.

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